Concertation territoriale : les enseignements d'un projet inachevé
Le Finistère vient d'enregistrer des températures historiques pour un mois de mai : 33°C à Brest, du jamais-vu depuis 1945. Quelques jours plus tôt, dans ce même département, plus de 300 personnes se réunissaient dans une salle surchauffée pour débattre d'un projet industriel énergétique. La chaleur dehors, la tension dedans - les deux phénomènes parlent de la même chose : les conséquences de nos choix collectifs rattrapent nos territoires plus vite qu'on ne l'imaginait. Ce projet a depuis été abandonné… ou reporté. Voici ce que cette soirée nous livre : un terreau de réflexion pour tout dirigeant qui porte un projet majeur sur son territoire et hésite encore à s’engager dès à présent dans une démarche RSE positive et sincère.
Je m’étais rendu à la réunion publique ce soir-là en tant que simple citoyen et habitant du territoire. Plus de 300 personnes étaient réunies autour d'un projet industriel qui les concernait directement. La salle était pleine et la tension palpable dès les premières minutes. Le médiateur, mandaté par le porteur de projet, peinait à tenir les échanges. La parole circulait mal. La réunion de concertation était devenue une réunion de défiance.
La distinction est essentielle et elle ne tient pas au format ni à la qualité du médiateur. Elle tient à ce qui s'était - ou ne s'était pas - construit dans les mois précédents.
L'échec commence bien avant la réunion publique
Il se prépare, en creux, dans les mois qui précèdent - quand les premières décisions structurantes sont prises sans les habitants du territoire, quand l'information filtre par la presse avant d'être partagée directement, quand les rumeurs circulent, quand la concertation est convoquée en bout de course plutôt qu'intégrée dès la conception du projet.
Un médiateur ne remplace pas la confiance préalable. Il peut, au mieux, en gérer l'absence avec méthode. Mais quand le déficit de dialogue s'est accumulé pendant des mois, aucun professionnel de la concertation - aussi compétent soit-il - ne peut reconstruire en deux heures ce qui aurait pu être tissé sur deux ans.
Ce qu’une démarche RSE sincère aurait changé
Ne portons pas de jugement sur le fond du projet : à l’heure des fortes tensions observées au détroit d’Ormuz, les questions énergétiques sont devenues particulièrement complexes, préoccupantes et légitimes. Elles méritent un débat sérieux. Ce qui nous intéresse ici, c'est la méthode.
Les organisations qui intègrent leurs parties prenantes dès la genèse d'un projet ne font pas que limiter les risques de contestation. Elles construisent quelque chose de structurellement différent : un projet qui appartient collectivement à ceux qui vivent avec ses conséquences. Cette co-construction n'est pas un outil de communication. C'est une méthode de travail qui transforme la nature même du projet - et sa robustesse.
Une démarche RSE sincère, incarnée par le dirigeant dès le premier jour, ne se déploie pas après l'autorisation administrative. Elle commence avant la décision d'investir, au moment où les questions les plus structurantes sont encore ouvertes : Quel besoin ? Pour qui ? Avec qui ? Au bénéfice de quel territoire ? Quelles alternatives viables ? Ces questions posées collectivement produisent des réponses que personne n'aurait formulées seul - et des projets que personne ne veut bloquer.
La question que chaque dirigeant devrait se poser
Les enjeux énergétiques, les transitions industrielles, les implantations en territoire habité - tout cela va s'intensifier dans les années qui viennent. Chaque dirigeant qui porte un projet impactant son territoire se trouvera, tôt ou tard, face à une question simple : ai-je construit avec, ou ai-je construit malgré ?
La réponse conditionne la solidité du projet autant que sa légitimité. Un projet contesté n'est pas seulement un projet ralenti - c'est un projet fragilisé dans sa durée, dans son financement, dans sa capacité à produire les effets attendus. À l'inverse, un projet coconstruit avec le territoire ne se contente pas de limiter les oppositions : il génère une dynamique collective qui renforce sa mise en oeuvre et sa pérennité. La concertation n'est pas un risque à gérer. C'est une ressource à activer.
Mes propres enseignements
Il y a des soirées qui confirment l’intérêt d’une orientation professionnelle. Celle-là en fait partie. Depuis trente ans, je travaille avec des organisations - publiques ou privées - qui font le choix de la concertation et de l’intelligence collective. J'observe, à chaque fois, que les transformations les plus solides sont celles qui ont été construites AVEC les parties prenantes (salariés, habitants, consommateurs…) et non POUR elles.
La question de l'énergie sera centrale dans les années qui viennent. Elle mérite mieux qu'une salle en surchauffe. Nous y reviendrons très prochainement.
Pour aller plus loin
Vous portez un projet de transformation territoriale, industrielle ou organisationnelle et vous cherchez à construire un dialogue authentique avec vos parties prenantes ? Découvrez notre approche Mobilisation & Facilitation - ou parlons-en directement : olivier.branellec@hippocampe.com