Quand le vivant reprend sa place dans la ville

Légende : Isabelle Geffray, paysagiste-conceptrice chez IDup, travaille depuis Brest à réintroduire le vivant dans les espaces urbains bretons.

Rencontre avec Isabelle Geffray, coworkeuse au sein du Transfo, paysagiste-conceptrice, qui oeuvre chaque jour à réintroduire la nature, les animaux et la biodiversité dans nos espaces urbains bretons.

Une évidence qui remonte à l'enfance

Il y a des vocations qui se construisent. Et puis il y a celles qui remontent à la surface, comme une évidence qu'on n'avait pas encore formulée. Pour Isabelle Geffray, tout était là depuis l'enfance - les jeux dehors, les dînettes avec de la terre et des végétaux, ce rapport instinctif au vivant qu'elle ne savait pas encore nommer.

Au collège, elle se voyait styliste. Le dessin, la forme, la création - cette part-là était déjà bien présente. Mais la terre n'avait pas dit son dernier mot. C'est en feuilletant un guide des métiers en terminale qu'elle tombe sur le mot paysagiste. Une révélation, dit-elle. Une évidence.

Elle suit alors un apprentissage en horticulture, un BTS aménagement paysager, une prépa, puis l'École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles - l'une des références françaises pour obtenir le titre de paysagiste-conceptrice. Un titre rare : ils ne sont qu'environ 4500 en France à le porter.

Bien plus que du végétal

Paysagiste-conceptrice. Le titre évoque immédiatement les parcs, les arbres, les massifs fleuris. La réalité du métier est bien plus vaste - et bien plus passionnante.

Isabelle Geffray conçoit des espaces publics au sens large : une rue, une aire de jeux, une zone d'activité, un cimetière, une voie verte, un îlot urbain en mutation. Partout où la ville se transforme, se densifie ou se renouvelle, le paysagiste-concepteur est là pour poser la question essentielle : qu'est-ce qui fait l'identité de ce lieu, et comment la préserver dans ce qui va advenir ?

Ce travail convoque des bureaux d'études environnementaux quand des zones humides ou des haies bocagères sont en jeu, des spécialistes de la voirie et des réseaux, parfois des experts de la concertation ou des urbanistes. Le vivant est au coeur du projet - mais il dialogue toujours avec les usages, les contraintes techniques et les ambitions des territoires.

Depuis 2009, Isabelle a choisi Brest. Définitivement, dit-elle - pour la lumière, les odeurs, l'authenticité des gens. C'est depuis ce territoire qu'elle mène aujourd'hui ses missions pour IDup, cabinet nantais spécialisé en urbanisme et paysage.

Mésange bleue sur un nichoir en bois fixé dans un arbre - biodiversité urbaine en Bretagne

Penser à l'échelle du temps long

Certains projets s'étendent sur trente ans. C'est le cas de la ZAC Fontaine Margaux, à l'ouest de Brest - une future zone d'habitation dont Isabelle accompagne le développement sur le temps long.

Trente ans, c'est le temps qu'il faut pour voir une ville se transformer vraiment. Et c'est aussi le temps qui permet de mesurer les erreurs du passé. Le premier plan guide de cette zone urbanisait l'ensemble du territoire disponible. Aujourd'hui, l'approche est radicalement différente : les zones humides sont sanctuarisées, les haies bocagères préservées, les refuges pour la faune et la flore protégés. Ce qu'on sacrifiait sans hésiter il y a quarante ans, on apprend à le considérer comme un bien commun irremplaçable.

"Il suffit d’un tout petit espace pour (re)voir des libellules, des mésanges, des papillons."

Mais préserver ne suffit pas. Le vrai défi est d'intégrer ces espaces naturels à la vie du quartier - en faire des voies vertes, des lieux de jeu, des espaces de respiration - sans les dénaturer. Que le vivant ne soit pas un décor. Qu'il soit une ressource.

C'est là qu'intervient ce qu'Isabelle appelle la gestion différenciée : ne pas entretenir partout de la même façon, ne pas tondre systématiquement. Une herbe tondue rase, dit-elle, c'est zéro en termes de biodiversité. Les collectivités l'ont compris - d'autant que c'est aussi une économie d'entretien.

La ville de demain se joue aujourd'hui

Les chantiers sont immenses - et ils s'accélèrent. Faire cohabiter voitures, vélos, piétons, personnes âgées, enfants, personnes en situation de handicap dans un même espace public. Désimperméabiliser les cours d'école. Planter des arbres là où le bitume emmagasine la chaleur. Créer des repères visuels pour ceux qui se désorientent. Rendre la ville accueillante pour tous ses usagers - pas seulement les plus valides et les plus mobiles.

Ces enjeux ne sont pas abstraits. Isabelle les rencontre sur chaque projet, dans chaque appel d'offres. Et elle observe, avec une conviction tranquille, que les solutions les plus efficaces sont souvent les plus simples : laisser pousser, ne pas tout tondre, ménager un coin d'herbe haute dans un jardin public.

Au Transfo, notre espace de coworking dédié aux acteurs de la transition, Isabelle a trouvé plus qu'un bureau : une communauté de praticiens qui, chacun à sa façon, travaille à transformer les organisations et les territoires. Une résonance naturelle avec son propre métier.

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